Joute Verbale
Posté par @Eglantine pro qui était d'humeur Passionnée
Le Vicomte, méprisant.
Poète!
Cyrano.
Oui, monsieur, poète! et tellement,
Qu'en ferraillant je vais - hop! - à l'improvisade,
Vous composer une ballade.
- Le Vicomte. -
Une ballade?
- Cyrano. -
Vous ne vous doutez pas de ce que c'est, je crois?
- Le Vicomte. -
Mais...
- Cyrano. -
La ballade, donc, se compose de trois couplets de huit vers...
- Le Vicomte, piétinant. -
Oh!
- Cyrano, continuant. -
Et d'un envoi de quatre...
- Le Vicomte. -
Vous...
- Cyrano. -
Je vais tout ensemble en faire une et me battre,
Et vous toucher, Monsieur, au dernier vers.
- Le Vicomte. -
Non!
- Cyrano. -
Non?
(Déclamant.)
"Ballade du duel qu'en l'hôtel bourguignon
Monsieur de Bergerac eut avec un bélître!"
- Le Vicomte. -
Qu'est-ce que c'est que ça, s'il vous plaît?
- Cyrano. -
C'est le titre.
*soupire*
Sous vos yeux ébahis et curieux, la joute verbale la plus symbolique et la plus emblêmatique, à mes yeux, du talent de ce personnage qu'est Cyrano de Bergerac.
Sais-tu qui était vraiment Cyrano?
Mmmh Wikipedia me dit que c'est le nom d'un des cratères présents sur la lune.
Certes. Mais sais-tu pourquoi ce cratère s'appelle ainsi?
*regard vide*
C'est bien ce que je pensais. Alors installe-toi, goute les tartelettes amandines de Tonton Ragueneau avec un verre de Rivesaltes de Tonton Lignière et écoute Tata Egie.
A l'origine était l'auteur, le poète, le penseur, Hercule Savinien de Cyrano de Bergerac. Amoureux des mots, il les mettait en valeur sous forme de poèmes, de pamphlets, de lettres et de pièces. Fasciné par les astres, les cieux et tout ce qui coiffe la Terre, ses mots rendaient souvent les honneurs dûs à la Lune ou au Soleil. (D'où le nom de "Cyrano", donné à un cratère d'impact sur la surface de la Lune).
Contemporain de Molière, ce conteur de jolies phrases aurait pu prétendre à une gloire similaire, afin que l'on dise un jour que l'on parle dans la langue de Cyrano... Mais non, ce ne seront pas ses écrits, malheureusement, qui feront sa notoriété actuelle.
C'est plus de deux siècles plus tard qu'Edmond Rostand offrit à l'auteur une grande gloire posthume, par l'écriture d'une oeuvre magistrale de théâtre : Cyrano de Bergerac.
Pièce caricaturant les précieux pour certains, pièce grandiose aux mots parfaitement choisis pour d'autres, cette pièce s'est vêtue de plusieurs habits. Même si la caricature des précieux y est flagrante, cette pièce est à mes yeux une oeuvre d'écriture magistrale. Chaque mot est pesé, chaque pied est compté, chaque ver est travaillé afin que la pièce de théâtre ne soit pas qu'un enchaînement de répliques mais une fusion de répliques pour en faire de petits morceaux parfaits plein de jolis mots.
L'histoire inventée par Rostand sur la vie de Cyrano ne manquera pas d'émouvoir les romantiques, d'impressionner les couards, de faire rire ou au moins sourire les portes de prisons.Un triangle amoureux original puisque dans le triangle ABC, A aime B, B et C aiment A, et B et C sont confondus sans que A ne le sache... Géométrie floue, aux rebondissements fabuleux.
(A étant Roxane, la belle cousine de Cyrano, B étant Christian, C étant Cyrano.).
Les adaptations n'ont, bien évidemment, pas manqué. J'ai amassé quelques unes d'entre elles.
J'ai un disque de 1961 de Roger Pierre et Jean-Marc Thibault reprenant Cyrano à la sauce "conte provençal à la Pagnol" tout d'abord et à la sauce "Tontons Flingueurs"/Peter Cheney. Une mise en forme étonnante et hilarante. Ecoute à la demande. (J'ai la version Peter Cheney en mp3 d'ailleurs).
La version mise en scène et interprétée par Belmondo m'a montré un Cyrano un peu trop comique, un peu trop clown à mon goût.
Le film de Jean-Paul Rappeneau en 1989 fut une merveille de mise en scène et d'interprétation. Que l'on aime ou non Gérard Depardieu, on ne peut nier qu'il a donné au personnage un charisme, une classe, une grandeur magnifique. Le nez est magistral, le jeu l'est encore plus.
Les enfants ne sont pas laissés pour compte (conte?!), deux livres pour enfants reformulent l'histoire de la pièce.
Dans la série "les Méganazes", écrite par Alexandre Jardin, "Dur dur de sortir avec Lola" amène aux plus jeunes, de manière drôle, actuelle mais pourtant respectueuse le "scénario" original de Cyrano de Bergerac.
Dans un autre style d'illustration, Taï-Marc Le Thanh et Rebecca Dautremer (illustratrice du livre "Princesses oubliées ou méconnues" que l'on voit un peu partout où il y a des livres pour enfants) ont élaboré une réécriture et une refonte très étonnante de l'oeuvre. Un style d'écriture simple, futé, plein de calembours pour respecter le talent de Rostand, accessible aux enfants et passionnant pour les plus grands. Les illustrations sont, elles aussi, très surprenantes. De très belles lignes, un style japonisant impensable mais remplis d'une émotion folle. On pourrait crier au scandale, mais non, on le lit et on est conquis...
Et puis il y a désormais la mise en scène de Denis Podalydès à la Comédie Française. Mise en scène dynamique et étonnante, foudroyante et captivante où l'on ne peut se rassasier les mirettes de tout ce que l'on voit. Les décors sont fabuleux, les acteurs sont grandioses (quoique la première fois, j'ai trouvé que le Cyrano était joué de façon légèrement aigrie. Je ne l'ai pas autant ressenti la seconde fois, comme quoi...), les idées sont originales et la mise en scène audacieuse.
Vous allez me dire... "Tout ça, c'est bien joli, mais quand on n'est pas expert Cyranesque, on fait quoi?".
Je vous répondrais... Ca vous dirait de venir voir Cyrano de Bergerac à la Comédie Française le mardi 24 Juillet pour 5 euros?
La Comédie Française vend des places dites "à visibilité réduite" chaque soir de représentation à partir de 19h pour 5 euros. Il n'y en a pas des centaines, donc si vous souhaitez en profiter, merci de vous inscrire sur le site PNM ( http://pnm.parano.be/21 ) afin que l'on sache à combien nous serons.
Le rendez-vous serait d'être à 18h30 devant la Comédie Française afin d'être bien placés pour acheter nos places pas chères.
(Pour 5 euros, les places que nous aurons ne seront, bien sûr, pas les mieux situées, mais l'on voit parfaitement la pièce et l'on n'est pas mal installés.)
ENVOI
"PNM, demande à Dieu pardon !
Je quarte du pied, j'escarmouche,
Je coupe, je feinte...
Hé! là, donc !
A la fin de l'article, je touche."

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